Pourquoi c’est important
Le détroit de Bab el-Mandeb a acheminé environ 8,1 millions de barils de pétrole par jour au deuxième trimestre 2026, selon des données citées par plusieurs analystes énergétiques. Sa prise intervient alors que le détroit d’Ormuz, à l’autre extrémité de la péninsule Arabique, ne fonctionne plus qu’à une fraction de son trafic normal depuis le déclenchement de la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran fin février. Les deux voies maritimes qui concentrent l’essentiel des exportations pétrolières du Golfe se retrouvent ainsi, pour la première fois simultanément, sous la pression de forces soutenues par Téhéran. Les cours du pétrole ont immédiatement réagi à cette double pression.
Des combattants Houthis ont atteint l’île de Mayyun, également appelée Perim, après le retrait des forces gouvernementales yéménites la veille. Un responsable local a précisé que le groupe avait « achevé sa prise de contrôle de la zone de Bab al-Mandab », selon des propos rapportés par l’AFP. L’îlot volcanique, qui divise la partie la plus étroite du détroit en deux voies de navigation et dispose de sa propre piste d’atterrissage, constituait depuis des années un objectif militaire prioritaire pour les forces soutenues par Ryad. Les troupes gouvernementales ont également perdu la ville côtière de Dhubab, située face à l’île sur le continent.
Cinq jours d’offensive : de Mokha à Mayyun
La prise de Mayyun couronne une semaine d’avancées Houthies entamée jeudi avec la capture du port de Mokha, à environ 75 kilomètres au nord du détroit, et de l’île de Zuqar dans le sud de la mer Rouge. Le même jour, des troupes gouvernementales se sont retrouvées encerclées sur les îles Hanish : plus de 2 000 soldats y seraient assiégés, sans certitude sur leur sort, après avoir réclamé secours, vivres et soutien aérien, selon des sources militaires citées par la presse américaine. Les Houthis contrôlaient déjà environ un tiers du territoire yéménite depuis la prise de la capitale Sanaa en 2014 et multiplient depuis des années les attaques contre les navires transitant par Bab el-Mandeb. L’offensive de la semaine a fait plus de 500 morts et déplacé environ 46 000 personnes, selon l’Organisation internationale pour les migrations, agence des Nations unies.
Le détroit d’Ormuz fermé, celui de Bab el-Mandeb à son tour verrouillé
Le détroit d’Ormuz reste très largement fermé au trafic maritime depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran lancées le 28 février : le nombre de navires y transitant est tombé à sept jeudi, contre dix-huit le mardi précédent, selon des données citées par le quotidien émirati The National. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, avait reporté une partie de ses cargaisons vers la mer Rouge pour contourner ce blocage. La prise de Bab el-Mandeb par les Houthis referme cette échappatoire au moment même où elle devenait vitale pour Ryad. Plusieurs médias ont rapporté, sans confirmation d’Aramco à ce stade, qu’un oléoduc saoudien reliant l’est à l’ouest du royaume, autre itinéraire de contournement, aurait été visé dans la nuit de jeudi à vendredi.
Trump refuse les frappes demandées par Ryad
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a appelé deux fois le président américain Donald Trump jeudi : d’abord pour l’informer de la dégradation de la situation à Mokha, puis pour lui demander explicitement d’ordonner des frappes américaines contre des positions Houthies. L’information est rapportée par Axios, qui cite deux responsables américains ; Reuters a indiqué ne pas être en mesure de la vérifier de façon indépendante dans l’immédiat. Le président américain a refusé la demande : l’administration n’envisage pas, à ce stade, d’intervention militaire directe contre les Houthis, ont précisé des responsables américains cités par Axios. Washington fournira en revanche des renseignements et des données de ciblage à l’armée saoudienne, et l’amiral Brad Cooper, chef du commandement central américain, s’est rendu le même jour en Arabie saoudite pour des réunions de coordination. Environ 200 militaires américains sont déjà présents dans le royaume, dans un rôle de soutien non combattant. En juillet, Ryad avait pourtant assuré Washington qu’elle pouvait affronter seule les Houthis ; la consigne donnée par Trump à ses forces reste de se concentrer sur l’Iran et sur Ormuz, sans ouvrir un nouveau front.
Le pétrole au-dessus de 100 dollars, l’économie mondiale sous tension
Le Brent, référence internationale du brut, est passé d’environ 101,5 dollars mercredi à plus de 108 dollars jeudi, avant de se maintenir au-dessus de 100 dollars sur l’ensemble de la semaine. Le WTI américain évoluait autour de 102,5 dollars. Aux Etats-Unis, le prix moyen national du diesel a franchi la barre des 6 dollars le gallon, un niveau record depuis le début de la guerre en Iran. Les compagnies maritimes envisagent de réacheminer une partie de leur trafic par le cap de Bonne-Espérance pour éviter la zone, ce qui allongerait les délais de livraison et renchérirait le fret. Le trafic à travers Bab el-Mandeb s’est déjà réduit, avec 27 navires recensés jeudi contre 32 la veille, selon la société de suivi maritime Kpler.
Un boulet de plus pour les républicains à deux mois du scrutin
Les élections de mi-mandat sont prévues le 3 novembre 2026. L’approbation de Donald Trump s’est maintenue à 33 % dans plusieurs vagues successives du baromètre Reuters/Ipsos publiées depuis fin août, un niveau qu’il n’avait plus connu depuis 2017. La guerre en Iran et la hausse du coût de la vie, citée comme première préoccupation par 47 % des personnes interrogées dans un sondage récent, dominent les intentions de vote. Les démocrates devancent les républicains sur l’enthousiasme à voter, 46 % contre 31 %, et sur les intentions des électeurs indépendants, 36 % contre 22 %, selon les mêmes enquêtes. L’ouverture d’un nouveau front au Yémen, alors que le détroit d’Ormuz reste fermé et que les prix à la pompe augmentent, intervient dans les dernières semaines avant un scrutin où le Congrès pourrait changer de majorité.
Au Yémen, le sort des soldats gouvernementaux assiégés sur les îles Hanish reste incertain, leurs autorités continuant de réclamer un soutien aérien pour lever le siège. Le ministre saoudien des affaires étrangères Fayçal ben Farhane s’est entretenu vendredi avec son homologue iranien Abbas Araghchi au sujet de l’escalade, signe que Ryad explore aussi une voie diplomatique parallèle à l’option militaire écartée par Washington.
Sources
- Euronews – Houthis seize key Yemeni island in Bab el-Mandeb, taking control of the strait (11 septembre 2026)
https://www.euronews.com/2026/09/11/houthis-seize-yemeni-island-in-bab-el-mandeb-taking-control-of-the-strait – consulté le 12 septembre 2026 - NPR / Associated Press – Iran-backed Houthi rebels seize a strategic port and island, opening a new battlefront (11 septembre 2026)
https://www.npr.org/2026/09/11/g-s1-142822/houthis-red-sea-port – consulté le 12 septembre 2026 - Axios – Saudi crown prince urged Trump to strike Houthis amid Red Sea threat (11 septembre 2026)
https://www.axios.com/2026/09/11/houthis-yemen-saudi-trump-mbs-strikes – consulté le 12 septembre 2026 - The Times of Israel – Houthis seize key Red Sea islands, complete takeover of vital Bab al-Mandab shipping lane, citant l’Organisation internationale pour les migrations (11 septembre 2026)
https://www.timesofisrael.com/houthis-seize-key-red-sea-island-complete-takeover-of-vital-bab-al-mandab-shipping-lane/ – consulté le 12 septembre 2026 - The National – Oil prices set to end the week above $100 as Houthis seize key port city (11 septembre 2026)
https://www.thenationalnews.com/business/energy/2026/09/11/oil-prices-set-to-end-the-week-above-100-as-houthis-seize-key-port-city/ – consulté le 12 septembre 2026 - The Hill – Donald Trump approval stuck at 33 percent amid Iran war, inflation woes: Survey, citant le baromètre Reuters/Ipsos (septembre 2026)
https://thehill.com/homenews/administration/6062781-donald-trump-approval-dropping-reuters-ipsos-survey/ – consulté le 12 septembre 2026
AL AHRAR – RÉDACTION FR





