Batna : le militant Adel Chetti en détention provisoire

Le tribunal de Batna a placé le défenseur des droits humains Adel Chetti en détention provisoire le 8 septembre 2026, à l'issue d'une procédure de comparution immédiate. Poursuivi pour outrage à corps constitué après des publications sur les réseaux sociaux, ce responsable associatif encourt cinq ans de prison, dans un dossier qui s'inscrit parmi plusieurs poursuites récentes visant l'expression numérique en Algérie.

Un juge du tribunal de Batna a ordonné, mardi 8 septembre 2026, le placement en détention provisoire d’Adel Chetti, défenseur des droits humains actif dans la région depuis plusieurs années. La décision intervient à l’issue de sa comparution devant le tribunal dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate, engagée deux jours après son interpellation. Il lui est reproché un outrage à corps constitué, en lien avec des publications et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, selon les informations recueillies par SHOAA for Human Rights, organisation non gouvernementale basée à Londres et consacrée au suivi des atteintes aux droits humains en Algérie.

Une garde à vue suivie d’un renvoi en comparution immédiate

La police de Batna avait interpellé Adel Chetti le lundi 7 septembre 2026, après l’avoir convoqué dans ses locaux. Il y a été interrogé puis placé en garde à vue. Le lendemain, il a été présenté au procureur de la République près le tribunal de Batna, qui l’a renvoyé devant le tribunal selon la procédure de comparution immédiate, réservée aux affaires jugées suffisamment simples pour ne pas nécessiter d’instruction préalable.

Lors de l’audience du 8 septembre, le parquet a requis cinq ans de prison ainsi qu’une amende. Le tribunal a choisi de ne pas trancher sur-le-champ : il a mis l’affaire en délibéré et reporté le prononcé du jugement au mardi 15 septembre 2026, tout en ordonnant le maintien d’Adel Chetti en détention provisoire dans l’intervalle. Cette combinaison, réquisitoire sévère et délibéré différé, laisse en suspens pendant une semaine le sort judiciaire d’un homme déjà privé de liberté.

Un responsable associatif connu à Batna depuis près d’une décennie

Adel Chetti n’est pas un inconnu de la vie publique locale. En octobre 2017, il s’exprimait déjà en tant que représentant du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) lors de troubles survenus à Batna après l’affichage d’une liste contestée de bénéficiaires de logements sociaux. Il alertait alors sur le risque d’un « soulèvement populaire » si les autorités ne corrigeaient pas les anomalies signalées par les habitants, et réclamait la publication intégrale de la liste des 2 135 logements distribués. Cet épisode situe son engagement dans la durée : près de neuf ans séparent cette prise de parole publique de son placement en détention pour des publications sur les réseaux sociaux.

Une qualification pénale utilisée à plusieurs reprises contre des voix critiques

Le délit d’outrage à corps constitué, prévu par l’article 146 du code pénal algérien, sanctionne les propos jugés offensants envers une institution publique. Human Rights Watch documentait déjà en 2013 son usage contre un blogueur poursuivi pour des publications en ligne, aux côtés d’une accusation d’apologie du terrorisme. Le Committee for Justice, organisation de défense des professions juridiques, relevait en février 2026 que cette même qualification continuait de servir de base à des poursuites récurrentes contre des avocats et des défenseurs des droits humains en Algérie, aux côtés d’accusations de diffusion de fausses nouvelles. Amnesty International, dans son rapport sur l’année 2025, signalait par ailleurs la condamnation à quinze ans de réclusion d’un syndicaliste pour son seul militantisme pacifique, illustrant la sévérité que peuvent atteindre des poursuites fondées sur l’expression publique.

Plusieurs poursuites similaires recensées en l’espace de deux semaines

Le dossier Chetti ne constitue pas un cas isolé dans le calendrier judiciaire récent. Le 13 septembre 2026, le tribunal correctionnel de Constantine condamnait par contumace le journaliste Abdelkrim Zeghileche à un an de prison pour des publications sur Facebook. Une semaine plus tôt, le 7 septembre, le tribunal de Tlemcen prononçait une peine d’un an de prison contre le rappeur Zakaria Kara Slimane, connu sous le nom de ZD4, pour une chanson. Le 3 septembre, la même juridiction condamnait l’activiste Boumediene Bouziza, dit Didine Hichem, à dix-huit mois de prison, toujours pour des publications Facebook. Début août, l’activiste Abderrezak Zitouni avait pour sa part été placé en détention provisoire à Alger après son arrestation à l’aéroport.

Contrairement aux poursuites engagées sur la base de l’article 87 bis du code pénal, qui visent des faits qualifiés de terroristes, ces quatre dossiers recensés par SHOAA en l’espace de dix jours reposent sur un support identique : une publication, une vidéo ou une chanson diffusée en ligne, sans qu’aucun acte matériel distinct ne soit invoqué à l’appui des poursuites.

Le verdict attendu le 15 septembre

Le sort judiciaire d’Adel Chetti se jouera le 15 septembre 2026, date à laquelle le tribunal de Batna doit rendre son jugement. D’ici là, le défenseur des droits humains reste détenu à titre provisoire, dans l’attente d’une décision qui déterminera si le réquisitoire de cinq ans de prison prononcé par le parquet est suivi, atténué ou écarté par le tribunal.


Sources

  1. SHOAA for Human Rights — « Human Rights Defender Adel Chetti Placed in Pre-Trial Detention »
    https://shoaa.org/human-rights-defender-adel-chetti-placed-in-pre-trial-detention/ — consulté le 13 septembre 2026
  2. La Radio des Sans Voix — « Batna : le défenseur des droits humains Adel Chetti placé en détention provisoire » (reprise de l’information SHOAA)
    https://www.laradiodessansvoix.org/post/batna-le-défenseur-des-droits-humains-adel-chetti-placé-en-détention-provisoire — consulté le 13 septembre 2026
  3. Human Rights Watch — « Algérie : il faut abandonner les poursuites contre un blogueur » (contexte juridique de l’article 146 du code pénal)
    https://www.hrw.org/fr/news/2013/10/18/algerie-il-faut-abandonner-les-poursuites-contre-un-blogueur — consulté le 13 septembre 2026
  4. Committee for Justice — « CFJ s’alarme de l’escalade du harcèlement judiciaire contre les avocats et défenseurs des droits de l’homme en Algérie »
    https://www.cfjustice.org/fr/cfj-salarme-de-lescalade-du-harcelement-judiciaire-contre-les-avocats-et-defenseurs-des-droits-de-lhomme-en-algerie/ — consulté le 13 septembre 2026
  5. Algérie-Infos (relais Maghreb Émergent) — déclarations d’Adel Chetti en 2017 en tant que représentant local du CNDDC à Batna
    https://www.algerieinfos-saoudi.com/2017/10/arbitraire-dans-l-attribution-de-logements-sociaux-vers-le-soulevement-populaire-a-batna.html — consulté le 13 septembre 2026
  6. SHOAA for Human Rights — page d’accueil recensant les poursuites récentes visant l’expression en ligne en Algérie (Zeghileche, ZD4, Bouziza, Zitouni)
    https://shoaa.org/ — consulté le 13 septembre 2026

Yacine Meziane – AlAhrar.NET

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Yacine Meziane
Yacine Meziane
Yacine Meziane est une signature éditoriale d’AlAhrar spécialisée dans les sciences, les technologies et les libertés publiques. Il couvre l’intelligence artificielle, le numérique, la cybersécurité, la recherche et l’innovation, tout en suivant les effets politiques et sociaux de ces transformations. Ses domaines comprennent également les droits de l’homme, la justice, les détentions, la liberté de la presse et la protection de la vie privée. Ses articles cherchent à éclairer les progrès technologiques autant que les pouvoirs, les risques et les responsabilités qui les accompagnent.

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