Pourquoi c’est important. Les inondations comptent, avec les feux de forêt et le risque sismique, parmi les catastrophes naturelles les plus meurtrières en Algérie. Le ministère des Ressources en eau a recensé 865 sites à risque à travers le territoire national. Une partie seulement dispose aujourd’hui d’un plan de protection finalisé. L’alerte de Mourad Tchiko replace ce chantier institutionnel dans le débat public, à un moment où les intempéries de janvier dernier ont déjà nécessité plusieurs interventions d’urgence à travers le pays.
Dans une publication mise en ligne sur Facebook, Mourad Tchiko est un ancien agent de la Direction générale de la protection civile. Il appelle les autorités à lancer dès maintenant les mesures de prévention, avant l’arrivée de l’hiver. Il précise ne pas chercher à critiquer pour la forme, mais à contribuer, par sens des responsabilités, à la sécurité des citoyens. Son texte détaille une liste de mesures concrètes : recensement des zones basses et des abords d’oued exposés aux glissements de terrain, nettoyage périodique des rues et des canaux d’évacuation des eaux pluviales, entretien des ponts, interdiction de toute construction dans le lit des oueds. Il demande aussi la mise en place de plans d’évacuation pour les zones classées à risque.
Des points noirs recensés depuis 2004, mais jamais tous traités
La question que pose Mourad Tchiko n’est pas nouvelle. La loi n° 04-20 du 25 décembre 2004, relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes, interdit en principe la construction dans les zones inondables. Elle impose aussi l’identification des points noirs par les autorités locales. Des spécialistes du risque, cités par la presse algérienne, relèvent pourtant que des constructions continuent d’être édifiées sur les berges d’oueds classées dangereuses. En septembre 2025, les inondations de Ksar Chellala, dans la wilaya de Tiaret, avaient coûté la vie à quatre membres d’une même famille. Un nourrisson de vingt jours figurait parmi les victimes, emportées par une crue soudaine après de fortes pluies. Ce type de drame se répète, année après année, dans les mêmes bassins versants. Cela distingue la demande de Mourad Tchiko d’une alerte générique : il réclame un recensement méthodique des points noirs, commune par commune, plutôt qu’une réponse improvisée après chaque épisode pluvieux.
Un dispositif national encore incomplet
Face à ce risque, l’État algérien a adopté en novembre 2020 une stratégie nationale de prévention et de gestion du risque d’inondation. Le ministre des Ressources en eau, Taha Derbal, en a dressé le bilan fin novembre 2025. Selon lui, 865 sites à risque, classés selon leur dangerosité, ont été recensés à travers le pays. Seize plans locaux de protection ont été achevés. Quatorze autres restent en cours d’élaboration. La loi de finances 2026 prévoit par ailleurs le financement de douze nouveaux projets destinés à protéger neuf villes. Le ministère étudie aussi l’acquisition de systèmes d’alerte précoce pour anticiper les phénomènes extrêmes. Ce chantier, engagé depuis cinq ans, reste donc inachevé pour près de la moitié des zones classées à risque élevé ou moyen.
Des crues qui reviennent chaque saison
Les services de la protection civile interviennent chaque saison des pluies dans plusieurs wilayas à la fois. Fin janvier 2026, des intempéries survenues en l’espace de deux jours avaient nécessité des interventions dans une douzaine de wilayas, de Relizane à Tlemcen en passant par Alger, Mostaganem et Mila. Chutes d’arbres, effondrements partiels de toitures, évacuations de familles piégées par la montée des eaux : le bilan avait été lourd. Dans la seule commune d’Oued Essalem, en wilaya de Relizane, sept familles avaient dû être évacuées après la crue de l’oued Mansafa. Quarante-cinq têtes de bétail avaient péri noyées. Un an plus tôt, en septembre 2025, des pluies torrentielles avaient emporté plusieurs enfants dans les Hauts Plateaux, à M’Sila et à Djelfa, où des oueds étaient sortis de leur lit en quelques heures à peine. Ces épisodes successifs illustrent le motif central de l’alerte de Mourad Tchiko : la récurrence du phénomène, plutôt qu’un risque hypothétique, justifie selon lui d’agir avant la saison plutôt que pendant.
Les mesures que Mourad Tchiko réclame aux autorités
L’ancien agent de la protection civile détaille, dans sa publication, une série de mesures qu’il souhaite voir engagées avant les premières pluies. Il demande la mise en place d’une cellule nationale associant les secteurs concernés. Il réclame un recensement, commune par commune, des zones basses et des abords d’oued exposés aux glissements de terrain. S’y ajoutent le nettoyage périodique des rues, des trottoirs et des canaux d’évacuation, ainsi que l’entretien des ponts et ouvrages enjambant les oueds. Il demande également l’interdiction de toute construction ou extension urbaine à l’intérieur du lit des cours d’eau et dans les zones classées à risque. Sa liste inclut enfin la pose de panneaux de signalisation dans les points noirs identifiés, la préparation de lieux d’accueil pour l’évacuation des populations, et des plans d’intervention définissant à l’avance le rôle de chaque service concerné. « La prévention doit commencer maintenant, et non après la catastrophe » (traduit de l’arabe), écrit-il, avant d’inviter les citoyens à soumettre leurs propres propositions.
Mourad Tchiko conclut son texte en précisant qu’il ne cherche pas à désigner des responsables, mais à ouvrir la discussion à tous ceux qui souhaitent proposer des solutions avant la saison des pluies. Sur le terrain, la direction générale de la protection civile maintient, comme chaque année à cette période, ses appels à la vigilance dans les zones classées à risque, en attendant la finalisation des quatorze plans locaux de prévention encore en cours d’élaboration.
Sources
- Facebook – Publication de Mourad Tchiko, ancien agent de la protection civile algérienne
- Radio Algérie (Direction générale de la protection civile) – Déclaration du ministre des Ressources en eau, Taha Derbal, sur les projets de prévention du risque d’inondation
https://news.radioalgerie.dz/ar/node/74978 – consulté le 14 septembre 2026 - Radio Algérie – Bilan des interventions de la protection civile lors des intempéries des 28 et 29 janvier 2026
https://news.radioalgerie.dz/ar/node/78594 – consulté le 14 septembre 2026 - Echorouk Online – Article sur la récurrence des inondations d’automne et les inondations de Ksar Chellala (Tiaret)
https://www.echoroukonline.com/فيضانات-الخريف-تجدّد-الرعب-في-قلوب-الج/amp – consulté le 14 septembre 2026 - Algérie Eco (TSA) – Bilan des intempéries de septembre 2025 à M’Sila et Djelfa
https://algerie-eco.com/?p=225966 – consulté le 14 septembre 2026
Nawel Aït Ouali – AlAhrar.NET





